Lettre de marché, septembre 2026 : le prix du temps long
Les bénéfices n'ont pas autant progressé depuis 2021. L'argent à trente ans n'a pas coûté aussi cher depuis 2007. Les deux marchés disent vrai, et c'est ce qui rend cette rentrée intéressante.

La rentrée se joue à trente ans
Un été de marché tient d’ordinaire en une phrase. Celui-ci en demande deux, et elles se contredisent.
Les actions américaines ont fini août à un souffle de leurs records, portées par la plus forte croissance de bénéfices depuis 2021. Dans le même temps, le taux auquel les États-Unis empruntent à trente ans a passé plus d’une séance sur trois au-dessus de 5%, ce qui n’était pas arrivé depuis 2007, et le marché monétaire s’est mis à parier non plus sur une baisse des taux directeurs, mais sur une hausse.
Un marché dit que l’avenir vaut cher. L’autre dit que le temps coûte cher. Les deux ont raison.
Pourquoi le taux long
Nous avons choisi de lire la période par le taux à trente ans, parce qu’il relie tous les sujets de cette lettre.
La construction de l’intelligence artificielle s’emprunte désormais au bout cher de la courbe, pour des installations de quinze à vingt ans, à crédit plutôt que sur les bénéfices. Le Trésor américain, en doublant ses rachats d’obligations longues, a montré qu’il tenait ce taux pour une variable qu’il gère et non plus seulement qu’il constate. L’or, repassé au-dessus de 4’500 dollars l’once en août avant de refluer, cote exactement ce doute. Et la Suisse, dont le taux directeur est à zéro sans qu’aucune remontée soit annoncée, vit dans un autre régime de temps, où le franc sert de monnaie d’emprunt au reste du monde.
Un chiffre résume l’ambiguïté du moment. Les bénéfices du deuxième trimestre des sociétés du S&P 500 ont progressé de 52% sur un an. Retirez du calcul Alphabet et Amazon, qui portent l’essentiel de ces plus-values, et la croissance revient à 34%. Le chiffre reste excellent. Mais une part de ce que le marché a lu comme un bénéfice d’exploitation est la réévaluation d’un pari que ces sociétés ont pris sur elles-mêmes.
Ce que contient la lettre
01 · Taux et banques centrales. Le marché obligataire a repris la parole. Nous ne construisons pas un portefeuille qui a besoin que le taux à trente ans redescende pour bien se porter.
02 · Actions. Une hausse gagnée, et une ligne comptable. Nous restons investis dans un marché porté par les bénéfices, sans confondre l’indice avec l’économie.
03 · Intelligence artificielle. La construction se finance à crédit. Si elle avait été financée par les fonds propres, une déception se serait lue dans les cours. Financée par la dette, elle se lira d’abord dans la qualité du crédit bancaire.
04 · Énergie, or et monnaies. Une guerre sans prix. Nous lisons le prix du brut comme un indicateur retardé, et les produits raffinés, les stocks stratégiques et les métaux stratégiques comme les vrais thermomètres du conflit.
05 · Suisse. Le franc, monnaie d’emprunt du monde. Des taux courts nuls, sans resserrement annoncé, une monnaie que le monde emprunte, une économie réelle solide.
06 · Agenda. Les faits qui nous donneraient tort, chiffrés et datés à l’avance pour qu’on puisse nous les opposer.
07 · Méthode. Le laboratoire qui se relit chaque nuit.
Notre conviction de fond
Elle n’a pas bougé depuis le printemps. Quand la contrainte d’une économie redevient physique, l’électricité livrée, la mémoire, le refroidissement, le délai de raccordement, ce sont les détenteurs de ces choses rares qui captent la rente, et non ceux qui en achètent le récit par actions interposées.
La rentrée 2026 y ajoute une question : si la construction déçoit, quel bilan encaisse la perte ?
Cette lettre ne cherche pas à prédire le prochain trimestre. Elle décrit ce que nous observons, ce que nous en pensons, et ce qui nous ferait changer d’avis. Chacune des cinq sections d’analyse se termine par notre lecture, signalée comme telle.
Ce document est un document d'information. Il ne constitue ni un conseil en investissement, ni une offre, ni une sollicitation d'achat ou de vente d'un quelconque instrument financier. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.
Lisez nos prochains papers en avant-première.
Certains articles sont réservés. Laissez votre e-mail pour débloquer l'accès aux prochaines publications de Meotis Research.









